26/08/2010,
Législation
Le gouvernement français a décidé de sanctionner les paris en ligne comme réponse aux sites illégaux siphonnant de plus en plus les revenus du pays.
En 1539, le roi François 1er a légalisé les jeux de hasard pour la première fois en France, en autorisant un certain Jean Laurent à mettre en place une loterie en échange de la somme de 2000£. Pour les 471 prochaines années, l'Etat a contrôlé avec une main d'acier les jeux de hasard - et les taxes aussi.
Des générations de gens ont grandi dans la culture de la Française des Jeux (FDJ) et du Pari Mutuel Urbain (PMU), les monopoles qui opèrent la loterie, les jeux de grattage et paris hippiques. Mais cet arrangement confortable semble voué à l'échec.
Pris entre la pression de la Commission européenne et des sites illégaux qui siphonnent de plus en plus les recettes de l'Etat, la France a ouvert avec regret son marché des jeux en ligne. Le changement stricte de réglementation a un peu plus de deux mois, mais semble déjà remodeler le paysage social.
Une campagne tempête de 14 millions d'euros à la télé et dans les journaux dépeint les paris en ligne comme divertissants et sociables, alors que le poker - autrefois jugé minable - est promu comme un jeu masculin, qui s'adresse au grand public.
Le prix de cette poussée de respectabilité pourrait être désastreux, disent certains. Un résultat sera un afflux de personnes qui perdront leurs logements, emplois, familles et amis à cause de la dépendance au jeu, prédit Jean-Luc Venisse, un psychiatre qui travaille pour le Centre de référence pour le jeu excessif (CRJE). "L'anonymat, l'accès immédiat et le confort qui caractérisent les jeux de hasard en ligne vont causer beaucoup plus de dépendance, surtout chez les jeunes hommes", affirme-t-il.
On estime que la France a 30 millions de joueurs réguliers ou occasionnels, selon le CRJE. De ce chiffre, seulement environ 600.000 personnes peuvent être considérées comme ayant une dépendance. Malgré les inquiétudes du CRJE, le marché en ligne est prévu d'augmenter continuellement. À la fin de juin, le premier mois de libéralisation, 1,2 million de personnes s'étaient inscrites auprès des bookmakers en ligne et avaient dépensé 83 millions d'euros aux paris.
En 2009, les paris en ligne ont valu de 2.3 milliards à 3,1 milliards d'euros, dont seulement 700 millions d'euros ont été légaux, selon une étude réalisée par le cabinet de consultance, Precepta. Il estime que le marché pourrait valoir de 4 milliards à 6 milliards d'euros d'ici 2013. Le spécialiste Francis Merlin a dit que seul le poker pouvait atteindre un chiffre d'affaires en France de 300 millions € cette année, passant de 500 millions € en 2011.